#8 La séparation

Que se passe-t-il lorsqu’un enfant, et par la suite un adulte, se retrouve séparé de sa figure d’attachement ?

Entre les six mois et les quatre ans, l’enfant a trois types de réactions lorsqu’il est séparé de sa figure d’attachement.

Dans un premier temps, le signal d’alarme s’active suivis des pleurs, cris et la colère, poussant la figure d’attachement à revenir.

Vient le désespoir, lors de l’échec à faire revenir la figure d’attachement, l’enfant est dans un état d’impuissance. On observe des pleurs monotones, de l’apathie, une immobilité, de la passivité, le refus de s’alimenter.

Enfin, vient le détachement. L’enfant exclus défensivement la figure d’attachement pour faire cesser la douleur, on observe alors un comportement indifférencié face à la figure d’attachement, que ce soit elle ou un étranger (Bowlby, 1978).

En cas de séparation répétées et/ou durables, le cycle d’attachement est brisé. Les réactions à la séparation varient d’intensité en fonction du tempérament de l’enfant, du style d’attachement préalable et des substituts d’attachement disponibles.

Mais ces réactions peuvent dépendre également d’avant la naissance, avec le stress, l’alcoolisme ou la toxicomanie de la mère ; dans les jours suivant la naissance, si la mère est déçue, désinvestie voire rejette l’enfant, si elle le stimule trop ou pas assez ; et durant les premières années, si la mère est en dépression, à une maladie mentale, subie des violences conjugales ou si elle apporte des soins inadaptés.

Ce sont des facteurs de risques non exhaustifs, il en existe bien d’autre, mais ils ne sont en aucun cas déterminants d’une rupture d’attachement.

La rupture du cycle d’attachement

Suite à une rupture du cycle d’attachement, il est impossible pour l’enfant, durant la petite enfance, à former un lien d’attachement. L’enfant se détourne peu à peu de la relation et réinvestit en lui-même l’amour destiné aux figures parentales. Il se montre peu disposé à aimer et se laisser aimer, il se lie de façon superficielle à tout adulte.

Cette rupture emmène alors l’enfant dans une incapacité à apprendre à inhiber ses comportements non désirables, antisociaux, reflétant le versant du trouble de l’attachement inhibé ou, une incapacité à faire une différence affective entre une personne familière et un étranger, reflétant le versant du trouble de l’attachement désinhibé.

La question du deuil

Bowlby a étudié les réactions de deuil chez les adultes dans les années 1960. Il pensait que les troubles de l’attachement pouvaient avoir des conséquences, notamment des deuils pathologiques.

Le travail du deuil est défini de cette façon : « processus psychique par lequel le sujet parvient progressivement à se détacher d’un être cher qui est mort ». L’individu doit donc se « détacher » de l’objet perdu, représentant alors une perte définitive. Le lien d’attachement mis en place dès l’enfance déterminera à l’âge adulte la gestion des différentes pertes auxquelles le sujet pourra se trouver confronter.

Selon Klein

Un individu qui échoue dans son travail de deuil est un individu qui n’a pu établir, durant son enfance, de bons objets internes afin de se sentir en sécurité dans son monde intérieur.

Freud parle de la capacité d’auto-transformation : « le deuil confronte le sujet à l’absence de retour possible. L’objet disparaît définitivement de la réalité. Il est mort ou perdu. Le travail psychique engagé implique un processus d’identification, de transformation du moi tel qu’il intègre certaines qualités de l’objet disparu. Les caractéristiques de l’objet perdu font désormais partie du sujet ; le sujet devient un peu « comme » ce qu’il a perdu ».

Il se produit le même phénomène qui permet à l’enfant de devenir autonome, lorsqu’il s’approprie les qualités de l’objet qui lui sont nécessaires (se nourrir lui-même, être propre, se caresser…).

L’individu « soigne les pertes inévitablement subies par le moyen de ses capacités d’auto-transformation » (Roussillon, 2007).

La douleur ressentie lors d’un décès ne serait pas alors une douleur de séparation, mais une douleur d’attachement. Fauré (2012) a une théorie selon laquelle le travail de deuil serait un processus amenant l’individu à s’attacher différemment au proche disparu. Cette notion permet alors de penser à une continuité et non à un arrêt brutal, elle permet au sujet de donner du sens à sa tristesse.

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