#6 L'attachement à l'âge adulte

Miljkovitch (professeure à l’Université en Psychologie) a établi que le choix d’un partenaire amoureux subissait l’influence des représentations d’attachement de l’individu. L’autre confirmant, ou non, les représentations que le sujet s’était construit de soi et des autres, dès la prime enfance.

Bowlby parlait « d’homéostasie représentationnelle », désignant le fait que l’on se lie à une personne dont la dynamique personnelle ne viendra pas ébranler notre système de représentation solidement ancré en nous.

Il est à noter cependant que les relations amoureuses ne se résument pas aux liens d’attachements et que les composantes sexuelles et d’attachement s’influencent réciproquement.

Main et l’entrevue sur l’attachement à l’âge adulte

En 1985, les travaux sur l’attachement chez l’adulte débutent avec Main et l’élaboration d’un outil d’évaluation des représentations d’attachement chez l’adulte : l’AAI, l’Adult Attachment Interview (AAI) portant sur l’état d’esprit actuel du sujet, vis-à-vis de l’attachement.

Cet outil permet d’étudier la transmission transgénérationnelle au travers d’une approche développementale.

La stratégie d’attachement adulte est une continuité du type de stratégie d’attachement construit dans l’enfance auprès des figures d’attachement. Ici, on se focalise donc sur l’attachement filial et parental de l’adulte en lien avec son passé infantile.

Avec ce système, les représentations d’attachement sont catégorisées en quatre états d’esprits…

L’état d’esprit sécure

Cet état d’esprit décrit des sujets qui accèdent facilement à leurs souvenirs et émotions d’enfance. Leur récit de ces expériences passées, positives ou non, est cohérent et les relations affectives sont valorisées, sans dépendance affective. On observe que ces sujets ont confiance en eux et en autrui.

L’état d’esprit détaché

Cet état d’esprit décrit des sujets émotionnellement désengagés à l’égard des expériences relationnelles. Elles n’ont qu’un accès limité à leurs souvenirs et offrent un portrait parfois idéalisé de leurs parents. On note une incohérence quant au fait de décrire idéalement les parents et l’impossibilité d’illustrer cela avec des souvenirs précis. Ici les défenses sont fortes, on observe l’exclusion des affects et de la confiance en soi.

L’état d’esprit préoccupé

Cet état d’esprit décrit des sujets confus, qui restituent une image incohérente de leur passé au niveau des relations. Le récit est très fourni, et on note une colère très vive envers les parents. On observe que ces sujets manquent de confiance en eux.

L’état d’esprit non résolu-désorganisé

Cet état d’esprit est observé lorsque le discours du sujet est désorganisé, quand sont évoquées des expériences traumatiques telles qu’une perte, une séparation, un abus. Le sujet n’est pas parvenu à faire une élaboration mentale lui permettant de prendre une certaine distance émotionnelle à l’égard de ces traumas.

L’attachement romantique

En 1987, Hazan et Shaver conceptualisent une théorie de l’attachement spécifique à l’adulte, basée sur la relation amoureuse, l’attachement romantique. C’est une approche psychosociale où le style d’attachement chez l’adulte est l’équivalent fonctionnel du système motivationnel d’attachement. Cette approche se focalise sur les différences interindividuelles stables de comportements et de sentiments ayant pour objectif la recherche du sentiment de sécurité auprès des figures relationnelles actuelles.

Pour les auteurs, l’attachement romantique se noue auprès du partenaire comme l’attachement de l’enfant auprès de ses figures d’attachement, c’est le même système motivationnel d’attachement. On note d’ailleurs de nombreuses similarités : au niveau des sentiments (sentiment de sécurité ou d’insécurité lors de la présence ou l’absence du sujet, réponse à la détresse), au niveau des comportements (recherche de contact, langage « bébé »), au niveau neurobiologique (les mêmes régions sont activées, notamment au niveau des récepteurs à l’ocytocine et à la vasopressine) et au niveau de la fonction de survie de l’espèce.

Les auteurs décrivent trois styles d’attachement :

Le style sécure, dans 60% des cas, où le sujet n’a aucune difficulté pour devenir intime et faire confiance à son partenaire.

Le style évitant, dans 20% des cas, où le sujet fuit la dépendance affective. Il n’arrive pas à être proche et n’apprécie pas que l’on devienne trop intime avec lui. Il n’accorde aucune importance aux demandes d’attachement.

Enfin, le style ambivalent, dans 20% des cas, où le sujet à des demandes affectives démesurées le menant à la frustration et/ou à l’inquiétude quant à sa relation. Il a peur d’être abandonné et doute de l’amour de l’autre, ce qui peut conduire à de la jalousie, des soupçons, le contrôle, voire la domination.

En parallèle des travaux sur l’attachement romantique, Bartholomew et Horowitz (1991) tentent de redéfinir l’attachement adulte. Ils veulent valider empiriquement le fonctionnement de l’attachement adulte en s’appuyant sur les théories d’Ainsworth, de Hazan et Shaver et des modèles internes opérants de Bowlby.

Pour eux, toute relation interpersonnelle est anticipée par nos expériences antérieures et actuelles, elles font donc partie de l’attachement. La position théorique centrale de l’attachement doit se baser, pour eux, sur la notion des modèles internes opérants de Bowlby.

Ils s’appuient donc sur l’idée que les modèles internes opérants constitués d’un modèle de soi et d’un modèle d’autrui évoluent et guident notre interprétation du monde et nos comportements toute la vie.

Ils ont développé un modèle de l’attachement adulte en quatre parties composées de deux dimensions : l’évitement de l’intimité et l’anxiété d’abandon.

La dimension de l’évitement

Cette dimension représente le degré de suppression émotionnelle, d’indépendance et de confort vis-à-vis de la proximité et de l’interdépendance, fondé sur l’espoir que le partenaire sera disponible, supportant et digne de confiance.

Un degré élevé d’évitement indique une utilisation abusive des stratégies de désactivation du système d’attachement par une inhibition de la recherche de proximité, un déni des besoins d’attachement, le maintien d’une distance émotionnelle avec les autres et un repli sur soi comme unique source de protection.

La dimension de l’anxiété

Cette dimension représente le degré de crainte d’être rejeté ou abandonné.

Un degré élevé d’anxiété se manifeste par une hyperactivation des stratégies d’attachement avec des tentatives répétées pour atteindre une proximité excessive avec autrui et une extrême vigilance aux menaces et aux séparations.

Ces individus sont facilement jaloux et ont une image négative d’eux-mêmes.

Le croisement de ces deux dimensions forme quatre styles d’attachement : sécurisant, préoccupé, détaché et craintif.

Le style sécurisant

Ce style se caractérise par un faible niveau d’anxiété et d’évitement. Les conjoints sécurisants représentent jusqu’à 55% de la population et ont des relations amoureuses stables et enrichissantes. Ces sujets sont à l’aise pour se dévoiler, exprimer leurs émotions et n’ont plus peur d’être abandonnés.

Le style préoccupé

Ce style est défini par un degré élevé d’anxiété et un faible niveau d’évitement. Ils représentent 20% de la population et entretiennent des relations conflictuelles avec de nombreuses émotions négatives qui nuisent à leur relation. Ils sont jaloux, doutent de l’amour de leur partenaire et ont besoin de nombreux signes pour être certains que leur conjoint les aime réellement.

Le style détaché

Ce style est représenté chez des sujets possédant un niveau élevé d’évitement et un faible degré d’anxiété. Ils représentent 15% des adultes et ont une faible capacité pour exprimer leurs émotions, un besoin presque absent d’autrui et une préférence pour leur propre autonomie au détriment de la relation.

L’attachement craintif

Ce dernier style représente les deux niveaux élevés d’évitement et d’anxiété. Ces partenaires représentent jusqu’à 15% de la population générale.

Lors de moments de détresse, ils oscillent entre une stratégie de désactivation et d’hyperactivation du système d’attachement. Ils utilisent de façon confuse et chaotique ces deux stratégies. Ils se retrouvent dans une position délicate car ils sont inconfortables vis-à-vis de l’intimité mais ont quand même besoin d’être rassurés. Les sujets craintifs ont donc un grand besoin de soutien mais n’arrivent pas à l’exprimer. Alors, même s’ils désirent des contacts intimes, ils craignent la proximité qui leur est difficile à supporter mais aussi la souffrance liée à l’abandon. Ils utilisent donc des comportements d’approche et d’évitement et ont des relations conjugales difficiles, caractérisées par de la violence et des problèmes de communication.

Comparaison du style craintif avec le style détaché

Ce dernier style possède des similarités et des différences avec le style détaché.

Ces deux styles désactivent leur système d’attachement et évitent de ce fait l’intimité face à des situations difficiles.

Cependant, les individus craintifs évitent l’intimité afin de réduire le risque de rejet tandis que dans le style détaché, les individus évitent l’intimité afin de maximiser leur autonomie.

L’utilisation des stratégies de désactivation du système d’attachement est moins abusive chez les individus craintifs que chez les sujets détachés.

Les individus craintifs démontrent une faible inhibition de la recherche de proximité, un faible déni des besoins d’attachement et une distance émotionnelle moins élevée avec autrui.

Même si, comme les individus détachés, les sujets craintifs peuvent se distancer des autres lors de moments de détresse, ils continuent tout de même à vivre de l’anxiété et à désirer un partenaire amoureux supportant, ce qui n’est pas le cas pour les individus détachés.

De plus, les personnes ayant un style d’attachement craintif et celles ayant un style préoccupé sont inquiètes de savoir si leur partenaire va les accepter. Ce sont des sujets qui se perçoivent sans valeur, peu aimables et peu dignes de confiance. Cependant, les individus craintifs s’inquiètent plus du fait d’être rejetés et les personnes préoccupées s’inquiètent plus du fait que leur partenaire ne soit pas assez présent pour elles et les quitte.

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